Jean_Marc Charrier

 

 

 

Jean-Marc CHARRIER : une certaine idée du Théâtre

JEAN-MARC

UN COMÉDIEN DE PASSION

Dès 12 ans nait son désir de devenir comédien mais son père veut qu’il fasse des études, étudie la mécanique générale, passe son bac.

Au collège il réitère son souhait en manifestant le désir de faire le conservatoire de Bretagne. Mais il va se heurter à nouveau à l’opposition de son père. Ce dernier sous-directeur d’une entreprise aurait souhaité que son fils suive la même voie que lui. Cependant son désir d’être comédien se confirme. Après le bac il vivra de petits boulots dont mannequin.

Il veut faire de la scène et débute en faisant du théâtre amateur à NANTES dans un patronage.

A 21 ans il part pour le service militaire qu’il fait chez les pompiers de Paris, ce qui lui donnera l’occasion lors de l’anniversaire du fils du colonel de faire le show devant 2000 personnes en faisant des imitations. Il adorait faire des imitations et avait un moment pensé devenir imitateur.

Après l’armée il continue les petits boulots. Ainsi il remplacera sa sœur prof de sports au centre d’entrainements des jockeys de Maison Laffitte deux étés consécutifs. Par la suite il envisage un moment de s’engager comme pompier à l’aéroport de Nantes mais un événement familial tragique lui fera renoncer.

À cette époque il s’essayait à toutes les directions professionnelles y compris gardien de la paix ! Il se cherchait… quoi faire de sa vie ?

L’envie de devenir comédien le taraudait mais son père avait une telle emprise sur lui… Puis il va trouver un travail dans les encres à Nantes, va exercer une fonction d’agent de maitrise dans une grosse société à Laval : Les pompes Salmson. La proximité avec Nantes lui permet d’y revenir pour les week-ends et d’y passer ses loisirs, faire des rencontres y compris amoureuses. Ce qui l’emmènera à rechercher un nouvel emploi à Nantes : régleur sur grosses presses chez un fabricant de boites de conserve. Choix qu’il considérera comme une régression sur le plan personnel.

Très vite il souhaitera quitter cette société. Il trouvera à nouveau un emploi dans les encres. À l’époque Watterman recherchait des techniciens. Il lui sera proposé de rejoindre l’atelier de galvano-chimie. Il y restera 6 ans et dans le cadre d’une restructuration lui sera proposé un poste de technicien d’études et essais aux plumes. Cela lui procurait une vie confortable à la fois matérielle et personnelle, belles rencontres, pratique de sports : foot VTT, voile, ETC.

Il se remet au théâtre en entrant au patronage La revue Bonne garde à Nantes. Les représentations de ce théâtre ont beaucoup de succès : les 25 représentations annuelles se font devant une salle bondée. Il n’y avait pas vraiment de cours. Les participants à la troupe étaient lancés directement sur les spectacles. Cependant leur préparation donnait lieu à un entrainement à la danse sous l’œil d’une chorégraphe, au chant, aux imitations. Il y restera 6 ans. Là s’est développé chez lui l’envie d’en faire de comédien son métier. A 30 ans l ‘étau familial s’étant desserré, il comprends que sa destinée lui appartient

Parallèlement l’évolution de la société Watterman fera que lors d’un rendez vous avec le directeur des ressources humaines lui sera proposé une alternative. Compte tenu de sa motivation relative dans l’entreprise et de la connaissance qu’a cette dernière de son implication théâtrale, soit il accepte un nouveau poste pas vraiment valorisant, soit il quitte la société celle-ci s’engageant dans ce cas à lui financer 3 ans de formation théâtrale dans un cours réputé à Paris : le Cours Florent.

Ainsi il intégrera ce Cours en octobre 1995. Là il sera dirigé par des professeurs qu’il considérera comme de grands formateurs, des maitres fabuleux qui avaient tous été des comédiens ayant travaillé sous la direction d’Olivier PY: Elizabeth MAZEV , Stéphane AUVRAY-NAUROY, Michel FAU. Parallèlement il sera recruté pour trois pièces de théâtre :

  • 96/97 Des Souris et des Hommes de John Steinbeck
  • 97/98 Vue du Pont d’Arthur MILLER
  • 98/99 Cellule 118 d’Alphonse BOUDARD dans une mise en scène de Raymond AQUAVIVA

Là s’arrête la formation… et les indemnités des ASSEDICS ! Une rencontre lui permettra d ‘être embauché comme serveur à L’Eléphant du Nil à Paris. Parallèlement il sera recruté pour un évènementiel dont le cadre de la promotion de la région Rhône-Alpe. Il deviendra ainsi animateur de personnages virtuels sur écran géant. Dans ce cadre il est amené à transformer sa voix, à animer des quiz.

En 1999 il fera une rencontre déterminante dans sa carrière d’acteur de théâtre : celle de Philippe AWAT. Il lui sera proposé de jouer dans « Le Songe d’une nuit d’Été » de William Shakespeare.

Philippe AWAT lui fera approcher une perception nouvelle du théâtre, celle où l’on peut tout se permettre, s’autoriser une grande liberté, réinventer les choses. Il lui donnera le goût du costume, le goût de la fabrication des personnages, de la transformation de la voix… Il lui fera développer l’importance du corps, de l’esthétisme. Lui fera prendre conscience de ce que veut dire le sérieux au travail, l’importance de l’échauffement, comment l’on dit les choses… ce que l’on en pense. Il n’a de cesse de dire à ses comédiens « amusez vous comme des gamins ! Il y travaillera 3 pièces sous sa direction. Outre Le Songe d’une Nuit d Été Il y travaillera « Têtes rondes et têtes pointues » de Berthold BRECHT, Pantagleize de Michel de GUELDERHOD.

A cette époque il fera la rencontre d’Ariane MNOUCHKINE qui l’emploiera surtout comme technicien « soyeux » dans le cadre de la réalisation pour Arte de Tambours sur la Digue. Il y travaillera pendant 19 semaines. À l’issue de cette période il avait envisagé un moment l’intégration à la troupe du Théâtre du Soleil. Mais alors qu’il s’y sentait prêt, un heureux événement familial en perspective l’y fera renoncer.

Par un concours de circonstances alors qu’il cherche à développer son activité vers le cinéma   et la télévision, un stage à MÉDIANE ART ET COMMUNICATION lui fera faire une rencontre fortuite celle de Grégoire CUVIER. Celui-ci justement le rappelle pour lui annoncer qu‘il pense à lui pour un rôle important dans sa pièce. La lecture le séduit et il donne son accord pour être de cette aventure. En parallèle de cette première création il lui fait découvrir le masque Balinais à l’occasion de semaines de recherche et de travail. Ce sera le début d’une collaboration ininterrompue depuis :

« Pénitentes » de Grégoire CUVIER

« Ossyane », texte d’Amin MAALOUF adapté par Grégoire CUVIER.

« Ceux qui boitent » de Grégoire CUVIER

Par ailleurs il s’est introduit dans le circuit du doublage. Dans cette activité rémunératrice des rôles de plus en plus importants lui sont donnés. Cela lui apporte un confort matériel qu’il ne peut atteindre pour l’instant, dans son l’investissement théâtral moins rémunérateur.

Avec Grégoire CUVIER, il se sent parfaitement dans un travail créatif tel qu’il aime. Grégoire CUVIER, accorde une place importante à l’improvisation… s’amuser, avant de venir au texte. Philippe AWAT le faisait aussi. Mais pour lui, Grégoire va encore plus dans le « s’amuser » avant de venir au texte : s’amuser, chercher des axes de travail, faire des impros.

« Je suis un comédien du corps » aime à répéter Jean-Marc. « J’aime engager le corps, je ne suis pas un comédien psy » rajoute-t-il… bien que dans la préparation il pourrait admettre que la psychologie du personnage a son importance. « Mais sur scène, poursuit-il, lâcher son cerveau, mettre en œuvre son corps, est indispensable. Comme dans le masque, avec Grégoire, ce qui compte c’est mettre en œuvre son corps, jouer, faire des impros. Avant de jouer, il est convaincu qu’il faut connaître son texte par cœur : c’est capital. « Plus que par cœur » aime-t-il à répéter. Pour ne plus avoir à y penser.

Le théâtre doit  élever la pensée des êtres humains, C’est un art. Il se désole devant la banalisation de cet art. Cela l’effraie. Il considère qu’aujourd’hui l’argent occupe une place trop importante. Toujours les mêmes comédiens, le même style de théâtre : la culture est en danger.

« Ce qui m’intéresse poursuit Jean-Marc, avec Philippe AWAT, Grégoire CUVIER, c’est qu’ils traitent de sujets qui me parlent, de sujets sérieux sur l’humanité… qui essaient de la faire avancer. Si tu dis c’est un homme qui se promène avec un chien – ce n’est pas intéressant. Si ça parle de la solitude d’un être là ça m’intéresse ». Pour Jean Marc, faut qu’il y ait un sens dans le texte. Ce dont ça parle et la manière de le faire. C’est du corps qu’il s’agit.

L’un de ses metteurs en scène fétiche, c’est Joël POMMERAT directeur du Théâtre National de Bruxelles : « Il pèse les mots, il pèse les gestes. Très dans l’esthétique. C’est très beau, ça a un sens ». « Pour moi, poursuis Jean-Marc, J’aime aller au Théâtre pour que ça me fasse rêver… me poser des questions ». Le métier n’a de sens que si ça me fait me poser des questions, me fait avancer en tant qu’homme et comédien dans cette société.

Au cinéma Jean-Marc est sur un projet important. Sur lequel un grand rôle lui est réservé. Encore au stade des financements il préfère ne pas en dévoiler davantage. Sur des tournages moins importants, il a eu la chance de rencontrer Michel SERRAULT, avec qui il a parlé pendant plus de deux heures du métier. « C’était sublimissime de discuter avec lui «  raconte-t-il

Il a aussi rencontré le mime Marcel MARCEAU lorsqu’il travaillait à l’Espace CARDIN comme accompagnateur dans le cadre d’une exposition « Passé, Présent, Futur. Il a aussi rencontré Pierre CARDIN à cette occasion.

Jean-Marc adorerait dit-il faire du cinéma, mais c’est un monde à part et avoue ne pas savoir se vendre. Ce qui le dérange c’est que le comédien doit à la fois être commercial, agent et son propre patron. Ça fait trop de choses avoue-t-il. Il insiste sur le fait qu’il ne sait pas se vendre. Ce monde l’effraie, les agents l’effraient. Alors qu’il se considère comme un artisan. Il continue d’avancer dans ce qu’il sait faire et qu’il cherche à s’améliorer.

Il y a une rencontre qui l’a beaucoup marqué, c’est celle avec Jacqueline ROUILLARD-JABBOUR. Il l’avait rencontrée sur « Des souris et des hommes ». Elle a fait partie de la Compagnie Jacques FABBRI. Cela aura été pour Jean-Marc la rencontre de sa vie. Elle lui a donné des cours gratuits. Elle a été la professeur de Didier Bourdon. Elle lui a fait rencontrer Claude BERNARD AUBERT. Réalisateur de « l’Affaire Dominici ». C’est justement avec ce dernier qu’il serait actuellement sur un important projet.

Jean-Marc, comme une obsession reviens sans cesse sur cet idée qu’un comédien est un humble artisan qui n’a de cesse de peaufiner le geste, la posture de son personnage., comment il respire, la manière de dire le texte… C’est cela qui l’intéresse. Ce qui l’insupporte c’est quand on lui dit « on te prend parce que tu es comme ça dans la vie ». Alors que pour lui le métier de comédien c’est justement de transformer la posture, transformer la voix, sa respiration. Il est d’aller vers d’autres systèmes de pensée, de marcher, de déglutir, de se tenir debout.

Avec Grégoire CUVIER, il aime se lancer corps et âme, prendre son temps à un projet qui l’intéresse, être dans la recherche, faire avancer les choses.
Pour Jean-Marc c’est un métier de travail. Il n’a de cesse de travailler son corps, travailler la diction avec le doublage, travailler l’intelligence avec les livres, avec des textes. Il essaie de concilier à la fois sa vie de famille et son métier de comédien, de faire preuve d’intelligence dans ses choix de vie. Il s’intéresse à l’écologie : est attentif aux choix fait par l’homme et qui engagent la planète.

S’il reconnaît ne pas être un comédien « cultureux », il a la volonté de faire un théâtre qui touche, d’être dans l’intelligence du travail du corps autrement dit un personnage de chair, qui pourrait bien, si l’important projet qui se profile devant lui se réalise, devenir un personnage de glaise…..

Louis Donval